Après un réveil matinal, un rapide petit-déjeuner, nous retrouvons Christian et son 4x4. Christian sera notre chauffeur, mais aussi notre guide dans les prochains jours pour notre périple à travers Madagascar. Nous traversons le nord de Tana pour aller vers l'Est, sur la N2, la route de Tamatave. Les premières images de Tana sont stupéfiantes, nous sommes dans la capitale et le dénuement et la saleté sont partout dès que nous sortons de l'hôtel. La route est en bon état. Les rues sont composées d'une bande de tarmac, bordée de chaque côté d'une bande de terre battue où les gens marchent, les taxis-brousse chargent et déchargent des passagers par la porte arrière, rattachée par une cordé à l'arrière du véhicule man½uvrée par un agent qui ouvre pour que les passagers montent ou descendent et referme avant que le véhicule ne reparte. Occupant aussi cette bande de terre battue, des marchands de minutes téléphoniques, installés sous un parasol avec des affiches vert ou jaune fluo indiquant le prix/ minute : ce sont les chanceux qui peuvent se permettre une connexion au réseau téléphonique et qui en on fait un business. On verra ça tout au long du voyage dans les différentes villes que nous traverserons. Mais ce n'est pas fini, la rue est enfin envahie d'une multitude d'échoppes côte à côte vendant au hasard, des fer à repasser pendus au bout d'un fil en guise de vitrine, de la viande, des pièces de vélo ou de voiture, des beignets de riz que les malgaches mangent au petit déjeuner ou des épiceries générales. Tout cela constitue une activité chaotique avec une foule de gens qui marchent et marchandent et au milieu les voitures et taxis-brousse qui essayent de se frayer un chemin en klaxonnant. Les voitures sont un mélange de vielles voitures de marques françaises : les 4L et les 2CV sont souvent peintes en beige et constituent la flotte de taxis de Tana, mais on voit aussi toutes sortes de Peugeot et autres voitures qui constituent des voitures de collection en France. Elles sont pour la plupart mal entretenues, mal réglées et donc fument et puent à plein nez !
Nous prenons de la hauteur et nous pouvons observer les collines qui composent Tana. C'est une ville très étendue et très basse à la structure assez anarchique. Nous constatons aussi que les larges étendues plates entre les collines ont été aménagées en rizières : nous pouvons observer les différentes phases de la culture du riz depuis la préparation de la terre au repiquage des pousses. C'est assez surréaliste pour une capitale !
Puis nous entamons la descente en dehors de Tana. Les maisons s'espacent et se font plus modestes : les toits de tuile ou tôle ont été remplacés par des toits de chaume. Sur le flanc d'une colline, Christian nous indique la carrière et les logements construits grâce à l'action de Père Pedro. C'est un religieux qui aide les plus pauvres en leur donnant du travail dans la carrière ou dans la communauté qu'il a créée pour construire maisons, écoles et autres hôpitaux. Christian dit que leur terrains de sport sont les mieux entretenus de Tana. Si à court terme cela donne à manger et sort des gens de la rue, Christian nous dit que ces gens qui sont dans le système en sont complètement dépendants également et ne pourrons pas en sortir. Peut-être la génération suivante, qui grâce au travail des parents aura pu aller à l'école pourra-t-elle s'affranchir de cette communauté et s'intégrer dans le reste de la société malgache.
La route pour sortir de Tana est assez bonne mais très sinueuse et nous sommes constamment bloqués derrière des taxis brousse ou des camions transportant des marchandises vers Tamatave, aux moteurs mal réglés et qui fument. Entre les virages et ces odeurs d'échappement, je reste concentrée sur la route alors que David mitraille le paysage de la voiture. On passe successivement de paysages de forêt d'eucalyptus, ou ce qu'il en reste, à des rizières exploitées ou alors transformées momentanément en fabriques de briques. Tout le long des cours d'eau les gens font leur lessive et étendent le linge sur les bosquets ou les rochers pour le faire sécher. Cela donne des taches multicolores le long de la route. On voit aussi des sacs en jute alignés sur le coté de la route. Christian nous explique que c'est du charbon de bois en vente. Il semblerait que pour la majorité des habitants de Tana, et à fortiori à l'extérieur de Tana, la première source d'énergie est le charbon. La route continue et nous franchissons plusieurs cols : les virages en lacet sont impressionnants et les descentes assez raides.
Soudain Christian bifurque sur la droite pour prendre un chemin de terre à travers la montagne. Nous arrivons à la ferme Madagascar Exotic. C'est un élevage d'espèces locales de lémuriens, caméléons et autres insectes endogènes à la région et menacés de disparaître à cause de la déforestation. Franck, notre guide, est très jeune, peut-être pas 20 ans, et assez timide. Il nous amène à flanc de colline, dans un bois d'eucalyptus pour essayer de voir les 2 colonies de lémuriens qu'ils soignent mais qui restent à l'état semi sauvage. Je dis SEMI sauvage parce que dès qu'ils sentent une banane ils se précipitent vers le guide. Nous avons vu 2 espèces : les lémuriens bodissants (ou plus sc\ientifiquement Varecia variegata) et les lémuriens eulemur fulvus. On a même eu le loisir d'observer une mère portant son petit sauter de branche en branche : le petit accroché sous son ventre : ça n'avait pas l'air de la freiner et elle faisait des bonds impressionnants. Franck m'a donné un morceau de banane pour que je puisse les nourrir : j'ai mis le morceau de banane dans ma main, maintenue bien à plat et le lémurien s'est approché, a délicatement attrapé ma main avec la sienne et a approché sa bouche pour attraper le morceau de fruit. Sa main était étonnamment douce et ses gestes très délicats dans leur rapidité. Les doigts sont bien définis et ils ont des ongles sur les mains et les pieds similaires aux nôtres : ce sont des animaux attachants. Franck nous a ensuite fait faire le tour des autres animaux. Tout d'abord la cage aux caméléons. Je dis cage, mais c'est un espace grand comme un terrain de tennis avec tout plein d'arbres à l'intérieur, fermé par des parois faites de moustiquaires. Dedans 36 caméléons de différentes espèces (David les a tous pris en photo) cachés dans la végétation. Comme c'est l'hiver, la plupart hibernaient et donc il fallait bien chercher pour les trouver. Ils avaient des couleurs éclatantes, du orange au vert en passant par un caméléon vert pale strié de turquoise... Franck a attrapé un criquet qu'il a mis en appât devant un caméléon éveillé pour qu'on puisse observer la puissance et la rapidité de la langue de ces bêtes : là encore notre caméraman émérite a immortalisé la scène. Puis Franck nous a montré des cages plus petites où résident plusieurs sortes d'insectes et autres serpents, ainsi que quelques spécimen de la plus petite espèce de caméléon au monde le Brookesia Minima. Ensuite, nous avons fait un tour dans la volière aux papillons pour admirer le papillon comète et d'autres espèces de papillons plus petits. Franck nous donnait tous les noms scientifiques (que nous n'avons pas retenus...nous sommes en vacances et le cerveau aussi). Ce fut une visite bien sympathique et l'occasion d'admirer des animaux sauvages de près tout en aidant une structure oeuvrant pour la conservation des espèces locales. C'était également une coupure bienvenue sur la route.
Après ça, nous sommes repartis direction Moramanga (prononcer « Mouramank ») pour déjeuner là-bas. J'ai réussi à m'endormir pendant les 45 minutes qu'a duré le trajet. Je me suis réveillée alors que nous entrions dans la ville, 2 minutes avant de s'arrêter manger. Christian nous a emmené dans un restau local (là où lui s'arrête en général alors qu'il laisse les clients dans un restau chinois un peu plus chic et plus loin - nous ne sommes pas peu fiers du fait qu'il nous amène là). Le menu est un mélange de plats malgaches et chinois. Après avoir insisté, Christian nous lâche que la spécialité locale ce sont les crevettes d'eau douce : David les prends sautées à l'ail et je les prends sautées aux petits légumes. Nous goûtons aussi nos premières boissons locales : une THB – Three Horse Beer- pour David (bière locale qu'il prendra souvent tout au long du voyage) et un tonic (boisson gazeuse avec de la quinine que je reprendrai maintes fois également) pour moi. Les plats sont simples mais copieux, servis avec du riz blanc et du bouillon séparément : un régal. Petite note, c'est nous qui marquons la commande sur un bout de papier que l'on donne ensuite à la serveuse. Je ne suis pas sure mais je pense que ça a sans doute quelque chose à voir avec l'analphabétisme de quelques serveuses... Ce sera souvent comme ça dans les petits restaurants où nous arrêtons le midi.
Après cette pause bien agréable, nous reprenons la route jusqu'à Andasibe et un peu plus puisque notre hôtel, le Vakona Forest Lodge, comme son nom l'indique est niché au creux de la forêt tropicale qui fait partie du Parc National de Mantadia. Nous quittons le goudron pour la piste (en très bon état si on compare avec ce qui nous attend plus tard dans le périple) à Andasibe et après ce qui nous parait un interminable trajet dans la forêt, nous découvrons les aménagements du lodge, lui-même niché dans un creux de la forêt et entouré d'un petit lac artificiel où des crocodiles ont été introduits. L'hôtel est composé d'un large bâtiment commun où se situe la réception, le bar, la salle de restaurant et un coin sofa/relax, le tout organisé autour d'une gigantesque cheminée et sous une charpente incroyable, surmontée d'un toit de palmes. Tout est en bois. Les chambres sont en fait des petits bungalows, disséminés sur les flancs de la colline qui encercle l'hôtel. Elles ont toutes vue sur le bâtiment principal et son lac. Le propriétaire s'est aussi constitué son petit zoo personnel : une île artificielle sur laquelle il garde une douzaine de lémuriens pas farouches, et un espace aménagé où il garde une trentaine de crocos du Nil ainsi que plusieurs espèces d'oiseaux aquatiques, dont une carnivore. Nous avons commencé par l'île aux lémuriens. Les gardiens les attirent avec des bananes et ils arrivent au pas de course. Ils n'hésitent pas à nous sauter sur les épaules (ce qui est surprenant parce qu'ils arrivent par derrière et qu'on ne les voit pas venir- ce qui explique notre air peu rassuré sur les photos). Ils restent assez réservés avec nous, mais avec le groupe d'asiatiques après nous, qui les nourrissent à tout va : ils se déchaînent et font un bruit d'enfer et se disputent. Nous nous éloignons pour observer la deuxième espèce présent sur l'île, une espèce beaucoup plus grande que la première et beaucoup plus calme également. Sur le chemin du retour, nous pouvons voir les lémuriens qui, une fois repus, prennent des poses extravagantes, qui pourraient être les poses d'un être humain nonchalant (allongé par terre sur un coude ou appuyé sur la balustrade, les pieds reposant sur un arbre pour se tenir en équilibre...). La visite du reste du parc est intéressante mais beaucoup plus calme, a noter notre essai de tir à la sarbacane qui a impressionné le guide et la peau gigantesque d'un crocodile abattu quelques années auparavant et qui était exposée.
Le reste de l'après-midi nous avons lu un peu sur la terrasse du bungalow avant d'enfiler une polaire (eh oui l'hiver se rappelle encore à nous) pour aller diner. Au menu pour David un steack de zébu grillé et pour moi un roumazava de zébu (zébu préparé en ragoût avec des brèdes, ces plantes très parfumées qui ressemblent à des épinards). David a goûté le rhum arrangé vanille pendant que je prenais un dessert. C'était très bon et le repas au coin de la cheminée était appréciable. Nous n'avons pas fait long feu et nous sommes écroulés sous la moustiquaire pour une bonne nuit de sommeil. Départ 7h00 demain matin.